Dans son
dernier ouvrage L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ? (De l'Aube, 2008) Philippe
Meirieu rappelle justement que de nombreux collèges constituent des classes de niveau appelées encore "classe CAMIF" car on y trouve beaucoup de filles et de fils de
professeurs.
Cette pratique est doublement scandaleuse, elle est en contradiction avec la mission première du collège unique: accueillir tous les élèves et mixer les publics
pour favoriser l'intégration sociale, elle est aussi inefficace dans le sens où, si l'on se fixe comme premier objectif de lutter contre l'échec scolaire, toutes les études
sérieuses montrent que l'hétérogénéité des classes favorise les progrès des élèves les plus faibles.
Cette pratique s'apparente ni plus ni moins qu'à transformer un établissement scolaire en un petit marché où chaque client pourra choisir et les camarades de ses enfants
et leurs professeurs.... car, bien entendu, les "bonnes classes" sont nécessairement attribuées "aux bons professeurs" pour éviter tout conflit avec des
parents qui peuvent soit exercer un chantage ("on le met dans le privé ou dans un autre établissement") ou compliquer sérieusement la gestion du chef d'établissement
par des prises de position hostiles en conseil d'administration ou lors de différentes réunions. 
La responsabilité des chefs d'établissement est majeure, la mixité scolaire et sociale de leur établissement doit être un objectif indiscutable, c'est à eux
de savoir convaincre les équipes enseignantes et les parents en précisant les critères retenus pour constituer les classes... encore faut-il que cette tâche ne soit pas purement et
simplement déléguée au conseiller principal d'éducation ou aux professeurs !
Une question se pose alors: que faire quand les bons élèves s'ennuient en classe ou ont le sentiment de perdre leur temps en raison d'un rythme de leçon peu soutenu ? Que répondre à leurs parents
?
Pour répondre à cette interrogation légitime qui alimente la demande de classes de niveau les équipes doivent innover et mettre en place une pédagogie
différenciée. La loi du 23 Avril 2005 reconnaît aux établissements scolaires explicitement le droit d'innover, rien n'interdit aux établissements de mettre en place des groupes de
compétence en langues, de faire travailler ensemble les documentalistes et les professeurs pour différencier l'enseignement sur un créneau horaire, rien n'interdit non plus aux professeurs
d'utiliser les technologie de l'information et de la communication (TIC) pour donner des travaux complémentaires aux élèves qui le demandent, etc. Les meilleurs élèves ont des capacités
fortes d'autonomie, pour progresser ils doivent être encadrés et accompagnés mais n'ont pas besoin d'un professeur - répétiteur présent systématiquement à leurs côtés
!
Pourquoi alors la pédagogie différenciée n'est-elle pas plus développée dans les établissements ?
On peut proposer plusieurs pistes d'explication: l'absence de formation des professeurs à la pédagogie différenciée, l'inégalité des compétences en matière organisationnelle et dans le
domaine des TIC chez les professeurs, l'absence de reconnaissance symbolique ou financière des enseignants qui cherchent à innover, mais aussi et peut-être surtout l'absence
d'impulsion par les équipes de direction.
Pour Philippe Meirieu qui préconise en général de développer l'autonomie pédagopgique des établissements, l'Administration de l'Education Nationale doit exercer un contrôle vigilant car
la mixité scolaire et sociale doit être au coeur d'un projet de société pour l'Ecole !
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L'école et ses stratèges. Les pratiques éducatives des nouvelles classes supérieures. Philippe GOMBERT, Presses Universitaires de Rennes, 2008

brevet ne donne pas accès à une classe supérieure
en fin de troisième
L'ouvrage
coordonné par Jean-Michel BARREAU rassemble des contributions de nombreux spécialistes des inégalités scolaires et sociales: Pierre Merle, Marie Duru-Bellat, Roger Establet ou Georges Felouzis.
Si beaucooup d'articles sont intéressants, l'ouvrage est toutefois un peu décevant sans doute parce que le projet retenu est vaste: recenser, décrire et expliquer les inégalités
scolaires mais également parce que les contributions sont d'inégale qualité.
-Les individus (y compris les
adolescents) revendiquent le droit de "ne pas être défini seulement par une place, par sa place dans l'ordre des générations, des sexes (...) un garçon ou une fille n'est pas seulement fils
de ou fille de ". Les ados refusent ce que De Singly nomme la "réduction identitaire"